mardi 26 juillet 2011

Les opérateurs de trans-subjectivation dans les Ateliers du Geste

Aujourd’hui, à Nice, je vous présente un praticable de groupe inspiré des transitions corporelles, les Ateliers du Geste. Il suffit d’un geste, écrit François Roustang. Et ce geste, créatif, inventif, prend sa source dans la sensation de vivre, dans l’étonnante plasticité du corps, et surtout dans l’entre-corps. Un montage vidéo vous a introduit dans le vif du sujet et vous a montré la danse des geishas, les derviches tourneurs, des dos-à-dos eutoniques, l’envol des aigles noirs, les bas-reliefs qui prennent vie, les épreuves de force qui illustrent l’opération de fighting-through, le balancement des arbres au vent, un travail de torsion-détorsion, la danse primitive, l’extraction d’un passage étroit, l’exploration au sol sur des feuilles et des branches d’automne, du contact-improvisation comme en danse contemporaine…
L’atelier du geste est donc bien une thérapie de groupe contemporaine et originale : six analysantes, ma co-animatrice et moi, un espace suffisamment grand, des mouvements, beaucoup de mouvements, des postures, des contacts, des sensations partagées… et quelques paroles quand même, presque par surcroit, - comme pour dire à partir de ses sensations, comme pour valider les expériences. Nous faisons ainsi des propositions de décalage où les étrangetés se mettent à vibrer, où les formes, les matières et les tensions intriquées s’agencent de nouvelle manière, où il faut oser aller, à fleur de déséquilibre, pour que quelque chose se trace, à travers ce qui échappe (Nicole Mossoux et Patrick Bonté, danseurs et chorégraphes).

L’atelier du geste propose donc des rencontres improbables, insolites, saugrenues, incongrues, des transitions frontalières pour des corps flottants. Inspiré par différents spectacles de danse contemporaine, par le Tai chi chuan  et la danse primitive, l’Atelier du geste propose des éprouvances et mouvances variées qui pour les participantes fonctionnent comme des expériences originaires faites de contacts, de danses et de transes.

Mais à quoi au juste l’Atelier convoque ainsi chacune ?

- à éprouver différents rythmes sensitifs de venues en présence et d’effacement, à un usage inédit des corps,
- à une perturbation générale des matières, énergies et codes, qui laisse une place à l’absurde,
- à ouvrir un espace de vulnérabilité où l’on accepte d’être incertain au sujet de soi-même,
- à l’actualité du corps dans laquelle ne manque pas de se loger l’archaïque, à ce qui est à la fois de l’ordre de la médiation mais surtout de l’immédiation…

Quand je demande aux participantes ce que leur apporte l’Atelier du Geste ? Elles répondent : « un bien-être incroyable, des prises de conscience, de l’apaisement, de la légèreté, oser, du dépassement, de l’amusement, de l’assurance, de l’énergie, un moment pour se poser, une ouverture à des parties de moi que je connais moins, un rapport à l’inconnu, un petit laboratoire, trouver sa place, de la réflexion, de la création… »
Ce qui s’y trame « en douce », est de l’ordre d’une suspension, d’une transgression, d’une naissance, d’une esquisse, d’une émergence, le tout dans une tension à la fois ouvrante et contenante. C’est une thérapie de groupe puissamment expérientielle.
Le projet de l’Atelier du Geste, sa proposition, c’est d’habiter au sens existentiel, se sentir exister, se déployer en faisant confiance à ce qui émerge de l’intérieur. D’abord trouver son cocon, le site où se loger qui potentialisera un déploiement et de là, prendre corps, surgir comme présence, entrer en contact, en résonnance, en interlocution. Comme l’illustrent bien les œuvres de la photo-plasticienne germano-belge Ulrike Bolenz, à voir sur www.ulrikebolenz.de


 

 
A l’intérieur d’un espace balisé, nous créons des moments plus incertains d’expérience, de circulation et d’échange. Nous assistons alors à des esquisses du Je, pluriel et en mouvement avec un monde autour. Mettre les corps en mouvement et maintenir les autres corps en cercle autour de soi. L’élan peut ensuite devenir plus frontal : le sujet progresse en affrontant, il trouve son flux postural d’affirmation (comme dans le groupe bleu). Nous provoquons des secousses d’être en décadrant les identités, en instaurant cette respiration inimaginable dont parle Daniel Dobbels, un autre chorégraphe, si nécessaire pour cheminer intérieurement.

Les prises de corps conjoignent dès lors des histoires singulières et des sensations de voluminosité : la puissance d’être émerge de l’interconnexion de ces fragiles conjonctions. Y opère toujours déjà, au travers du déploiement pulsionnel, une délimitation où nous soutenons les excitations porteuses de vie et apaisons les excitations toxiques.
Les sensations-rencontres font émerger une nouvelle sensorialité, une nouvelle flexibilité, frayent des passages à l’élan vital qui traverse alors l’angoisse et les peurs. D’être submergé par un flot continu de sensations en mouvement, d’être pris dans une circulation sensorielle nouvelle, surgit une présence qui est un geste vers. Submersion, surgissements, liaisons, transformations, compositions. Comme l’écrit Sylvie Le Poulichet, lier des éléments apparemment hétérogènes et anachroniques, qui se transforment mutuellement en se rencontrant, donne lieu à des compositions nouvelles d’images, d’affects et de signifiants, compositions nouvelles qui  déstabilisent des plans figés d’identification narcissique.

Je vais décomposer les quatre temps à partir des registres pulsionnels szondiens : c’est un peu artificiel mais cela aide à comprendre.

1. Le contact :oser (contacter-sentir-se mouvoir)
2. Le sexuel : vouloir (transiter-jouer) dans un partenariat sexué
3. Le paroxysmal : devoir (avoir à exister) dans un partenariat affecté
4. Ichspaltung (Sch) : pouvoir (créer) à partir de la faille du Je

 


 
1/. Le temps premier du contact, celui de l’oser, où nous parlerons d’émergence, d’improvisation, d’exploration, d’oser sentir et se mouvoir, grâce à une partition qui programme des lignes d’action auxquelles chacune contribue et des expériences d’égarement sensoriel, comme un voyage au pays de l’informe.
La partition relance la participation des sujets au mouvement de la vie, la manière dont ils y prennent part.
-  les marches où s’expérimentent toutes les sensations (le lourd et le léger, le lent et le rapide, les quatre éléments, les saisons, les frôlements, croisements, trébuchements…),
- le contact-improvisation, soit se mouvoir à partir d’un point de contact entre les corps. Le toucher permet de trouver avec l’autre des zones d’ancrage, de glissement, de rotation… l’équilibre instable se vit dans un consentement mutuel ou dans une concession réciproque. Les partenaires se synchronisent sur des modalités posturales, sur des rythmes respiratoires, des consistances toniques, dans une socialité sensitive et un transfert contactif,
-  le mouvement taiji, un mouvement dénué d’effort musculaire qui aligne le moi tout entier sur les forces de l’univers,
-  la danse primitive où l’on secoue tout le corps, histoire de remettre toutes ses particules en mouvement, où l’on revisite les ressorts rythmiques et les empreintes primitives,
- la Transe Terpsichore, qui fait tourner les têtes, ravive des bribes d’histoire personnelle et donne la sensation du voyage.

Pour rendre les choses plus concrètes, voici un exemple de partition corps-et-graphique :

- Danse en ligne avec une flûte de champagne au trois-quarts remplie d’eau : d’abord sur place, en se penchant et en saluant toutes les autres,  et en osant de plus en plus à fleur de déséquilibre et dans la torsion, sur une musique de Kate Bush,

- Rencontre insolite et jouée-dansée avec un objet (tabouret japonais…) en ré-explorant le sol, l’espace, le mur, l’objet, le corps-propre, sur la musique du film la vita e bela,

- Etre tenue par les deux bras et explorer tous les mouvements corporels possibles, les yeux fermés, sur une musique de Nightwish,

-  Au sol, trois tapis, trois cocons pour deux, se lover et respirer, puis se mouvoir comme dans le ventre d’une mère, sur la musique du Boléro de Ravel,

-  Expression primitive, d’abord en cercle, les yeux fermés puis ouverts, ensuite avec quelqu’un au milieu, sur la musique de Nneka, ou sur une musique des aborigènes d’Australie,

-  Etre un bas-relief qui prend vie, sur la musique de I Muvrini…

Donc, une partition qui permet à chacune : de prendre part et d’éprouver, d’explorer le corps,de relâcher (Ferenczi insistait beaucoup sur la relaxation du sujet, dans « Principes de relaxation et néocatharsis »), de laisser faire ce qui vient, de laisser passer ce qui doit se passer,d’émerger comme sujet sentant et se mouvant de manière vivante.

Au commencement, le sujet évolue les yeux fermés pour mieux explorer la matière sensitive et gestuelle, pour entrer en dansation, conjonction de danse et de sensation : tout mouvement doit s’y accomplir comme si c’était la première fois, pour retrouver l’énergie première et l’audace du mouvement vital.

2/. Second temps spéculaire-séductif, celui du vouloir où les corps en chantier, sont traversés par des tensions contradictoires. Ici, postures et mouvements ne sont plus transmissibles d’un corps à l’autre, chacune porte son bodymade. Travail des postures de soi et des impostures à soi. Images et sensations s’entrelacent, les sujets commencent à voir et bouger depuis leur conscience intérieure, mais aussi de se représenter dans l’autre. L’image inconsciente du corps, au sens de Dolto, c’est-à-dire la mémoire des événements relationnels du corps-sujet, est perceptible dans ces îles-corps. Le sujet s’étend sur du papier de tapisserie, sachant que quelqu’un d’autre fera son contour et que ce contour représentera une île et un corps, son île-corps. Ensuite le sujet, muni de trois pastels, habille et habite son île-corps. Cela donne ceci :



Les corps deviennent spécifiques, démonstratifs, magnétiques, ils s’attirent et se repoussent. Le travail en partenariats variés permet d’échanger tonus et énergies, de relâcher les tissus, de sentir les volumes, de réguler les intensités. Viennent inévitablement des avancées et des reculs : j’avance, je m’avance vers l’autre, je le fais reculer, il me fait reculer, je le fais venir à moi, je vais à lui… Place aux gestes d’esquive et d’invite, à la prise, à l’emprise, à la déprise et la méprise. Qu’est-ce que l’autre (Autre) (me) veut ? Séduction dans les duos, confrontations dans les duels.
Dans cette exploration, le traitement à réserver au visage du sujet est essentiel car on sait qu’un corps saisi par un envisagement, accède à sa voluminosité (Merleau-Ponty). Recevoir un visage tout en se perdant de vue, tout en acceptant de se perdre de vue. Illustration de ce travail avec les dessins et sculptures de visages, avec le travail des masques.

3/. Troisième temps trans(e)gressif et paroxysmal, celui de l’avoir à (exister). Les corps deviennent critiques et insurgés, hétérogènes et indisciplinés, transgressifs, oedipiens, transis, ils opèrent une subversion des codes et sortent de leurs habitudes.
La place est laissée aux transes et aux fugues, pour libérer les freins, s’approcher des forces du chaos, abréagir pulsions et désirs sous une forme acceptable, pour s’échapper à soi-même. Les corps-sujets ne cessent de nous surprendre dans leurs entrées et leurs sorties, comme au théâtre, car ils ouvrent des portes, se révoltent, claquent d’autres portes : ils entrent et sortent. Place aux scènes primitives, aux psycho(somato)drames et aux formes du playing-through. La surprise est l’événement principal même si elle ouvre une crise. Nancy Midol dans son écologie des transes, écrit qu’il s’agit dans la transe de réordonner son existence en s’expérimentant soi-même dans des situations étranges, en dilatant le Soi jusqu’aux frontières mondes, là où s’interconnectent le sensitif et le symbolique, à condition que mon intériorité la plus enfouie puisse rencontrer une extériorité qui autorise l’imprévu.
C’est ici en somme que le sujet se dit : « je dois y aller, je me dois d’exister ». Et la peur toujours un peu au rendez-vous dit que quelqu’un arrive, que la rencontre est possible, qu’une relation s’annonce, imprévisible et risquée, mais toujours intéressante.
Les corps ainsi subvertis ravivent du passé les potentialités empêchées. Ils y vont frontalement, entrent en friction, se percutent, s’affrontent, expérimentent la fronde. Travail de fighting-through où le sujet doit garder le corps critique. Souvent d’ailleurs, nous travaillons en trios, configuration à la fois oedipienne et triangulée, qui sort le sujet d’une configuration de couple et donc du duo comme du duel.

4/. Quatrième temps (trans)-personnel, celui du pouvoir. Nous sommes dans un battement, entre l’expérience du présent (ce que nous sommes) et la dynamique d’un devenir. Les corps se libèrent entre dialogues physiques et échanges verbaux, en puisant dans leur futur antérieur, en ouvrant sur de nouveaux possibles, car comme le dit bien Patricia Kuypers, encore une danseuse-chorégraphe, il est beaucoup plus difficile de se défaire de la façon dont le corps a été formé, donc de la mémoire corporelle, que de le former à nouveau et autrement.
Les analysantes-danseuses, comme je les appelle maintenant, s’ouvrent à ce qui peut onduler, vibrer, ondoyer, se rencontrer de manière vivante et se font chacune force de propositions pour les autres. Place donc aux corps interlocuteurs, que Christophe Dejours appellerait les corps érotiques relationnels, qui passent à l’acte de se parler dans les diverses langues accessibles (Jean Kinable). Il se passe alors ceci, que dit si bien Claire Hayes : cela ne vient pas de moi, cela a surgi de toutes choses, cela soulève la masse qui nous empêche d’habitude de nous associer à tout ce que nous percevons et imaginons.
Mais ce corps-là, interlocuteur, libre et créatif, reste cependant toujours le lieu de vulnérabilités multiples, d’un sujet qui a en son pouvoir de rester souple et nomade, constructivement schizophrène, au travers de ses présences éparses, de ce désordre multisensoriel et multidirectionnel. Le sujet se constitue à partir de corps, d’énergie, de sensation, de mouvement, de pensée, d’image et de mots échangés. Chaque sujet transforme alors progressivement sa forme d’existence à partir de l’improvisation et de l’invention devenues alors les véritables fabriques du quotidien.


 

 



Freud nous a proposé un processus de working-through, qui peut maintenant se décliner selon les différents registres et leurs modalités électives. Feeling and moving-through (C), playing, looking, posturing and acting-through (S), playing, crising, surprising-through (P) et enfin working and creating-through (Sch).

Vous l’aurez compris, les corps-sujets visés sont composés de strates, certaines anesthésiées, d’autres survoltées, d’autres encore en régime de confiance. L’élargissement de conscience ne peut passer que dans et par les corps, dans une tension main-tenue entre du pré-personnel et du trans-personnel.

Alors les opérateurs de la trans-subjectivation dans les Ateliers du Geste se déclinent de manière plurielle et hétéroclite : éprouvance co-esthésique et exploration, sépartition (séparation et partition), décalage et effrayage (frayeur, effroi et frayage), trans(e)gression, contact-improvisation, respiration, accordanse, co-création et co-tuition, envisagement, et finalement éphémérité (le pouvoir de l’éphémère, de ce qui est verganglich, le sens du précaire, du fugace, du vulnérable, du dissimilaire dit Gilles Deleuze). L’éphémère des propositions de l’atelier met chacune en présence de quelque chose qui disparaît aussitôt qu’il s’est produit : il n’en reste que les souvenirs d’expériences intimes, d’actes dramatiques, comiques et poétiques.
Cela rappelle ce texte majeur de Jacques Schotte Notice pour introduire le problème structural de la Schicksalsanalyse, où les beaux-arts sont les dimensions essentielles des formes d’existence humaine. Pour entrer dans le vif du sujet, au cœur de l’instant et y travailler la matière pathique, en groupe, rien de plus efficace que de pratiquer ensemble les arts, que chacune ressente ce qu’elle peut faire, fasse ce qu’elle est et devienne ce qu’elle a à devenir, fasse ce qui lui semble juste et reste ouverte. Les beaux-arts, avec l’intérêt contemporain pour les interstices, pour les qualités d’éphémère et les frontières incertaines : pour laisser place à l’intensification de l’être, à la rencontre avec les corps inconnus. Quelque chose passe, se passe, transpasse dirait Maldiney, des intensités traversent les êtres dans une effusion bien réelle, comme les femmes riantes d’Ulrike Bolenz, transportées par la puissance de leurs propres rires.



Les corps pliés et dépliés, étirés, portés, intriqués, envisagés, regardés, transpirés, inspirés, transis et surpris, mus et émus, deviennent créatifs parce qu’ils se laissent saisir et dé-saisir profondément, parce qu’ils se lient et se délient profondément, parce qu’ils vont chercher leur existence dans cette sensorialité première partagée. Matière et projet de soi en connexion avec la matière et le projet du monde.
Le désir de l’analyste est-il encore d’épisser, comme le disait Lacan, soit assembler deux cordages en entrelaçant les torons ? Je dirais que ce sont des sensibilités multiples qu’il faut entrelacer, dont il faut trouver la résonnance. Désir d’épisser mais aussi désir de mettre en scène (comme au cinéma pour que les sujets puissent eux-mêmes oser se remettre en scène selon de nouveaux plans), désir de chorégraphier (conjuguant le chœur et l’écriture), de composer toujours en musique.

jeudi 26 mai 2011

Conférence du 18 juillet 2011 au Congrès international Szondi à Nice

Les opérateurs de trans-subjectivation, à partir des ateliers du geste
Il suffit d’un geste, écrit François Roustang. Et ce geste, créatif, inventif, prend sa source dans la sensation de vivre et l’étonnante plasticité du corps tout entier.
L’atelier du geste est une thérapie de groupe originale : six personnes (des femmes), une co-animatrice et moi, un espace suffisamment grand, des mouvements, beaucoup de mouvements, des postures et des sensations partagées,…et quelques paroles quand même.
Inspiré du contact-improvisation en danse contemporaine, des transitions corporelles conçues à la manière des objets flottants en systémique et des techniques traditionnelles du corps, l’Atelier du Geste travaille avec et dans la verganglichkeit, l’éphémérité ou l’éphémère destinée, à laquelle Freud fait allusion en 1915. Rencontrant le poète, il laisse entendre que la fragilité, la beauté et l’éphémère sont rares et d’autant plus précieux, de ce fait.
Les analysantes vont y faire des ur-erfahrungen, des expériences originaires. Au fil des co-esthésies, des éprouvances, des co-présentations, des contactances, des dansations et des transes, dans un cadre pluri-postural et une esthétique de l’écart, avec des transgressions créatives et un mouvement général de surprise, les différentes strates de l’humain sont revisitées. Les trajets sont variés et le processus est à la fois d’exploration, d’improvisation et de composition transsubjectives.
Dès lors, il nous faut de nouveaux concepts pour rendre compte de l’effet de métissage : le working-through se décline en feeling and moving-through, en acting-through, en creating-through,… Szondi permet cette théorisation des destinations pulsionnelles et humaines, les néologismes lacaniens (sépartition, corpsification,…) montrent quelque pertinence à témoigner d’une subversion de l’analyse soudain retrouvée, mais c’est surtout, avec Ferenczi, que j’ai osé.
Le désir de l’analyste est-il encore alors d’épisser, d’assembler les cordages en entrelaçant les torons ?



mardi 1 mars 2011

Parution prochaine "Dans le vif du sujet"

Mon second ouvrage devrait paraitre en 2011 mais chez quel éditeur ?
Plus clinique, il ne peut que plaire aux ...cliniciens !

En couverture, une oeuvre de Ulrike Bolenz intitulée "Cocon" (voir photo au bas de l'article). Les oeuvres de cette artiste contemporaine m'amènent à repenser les transitions corporelles dans l'analyse et à en créer de nouvelles "sur mesure" et dans l'intersubjectivité.

Extrait du quatrième de couverture:

"Peut-être avons-nous aujourd'hui à oser le contact et la transe pour infuser de la présence vivante, peut-être est-ce même l'une des voies d'accès privilégiée pour vraiment contacter l'analysant et pour que la rencontre thérapeutique ne soit pas une fois de plus évitée. La surprise revient alors au creux même du processus analytique. Si l'analyste ose s'aventurer avec tact, ose se laisser surprendre, ose entrer le premier en transe, l'analysant s'osera en personne à partir de ce qui pourtant le terrifie, le terrasse ou le terrorise."

Avec une préface de Jean Kinable

Extraits
"Le lecteur s'en aperçoit très vite : c'est à une véritable invitation au voyage qu'il se trouve convié...  L'aventure dans laquelle nous embarque l'auteur, partagé entre audace et prudence, va à la découverte de tout ce que recèle d'encore inélaborable et mal conçu ce champ de phénomènes (le contact)....La poursuite résolue de ce beau projet, sans cesse en quête de voies nouvelles, s'employant à relancer les forces de l'élan vital, à en vivifier les énergies, en instance de recréation-récréation, conduit l'auteur sur les chemins, d'une part, de travaux originaux apportant des développements passionnants à la question psychosomatique, d'autre part, d'une confrontation avec des objections, voire la condamnation quant à l'usage de médiations corporelles qui impliquent un engagement corporel du thérapeute : une telle "transgression" de l'interdit du toucher compromettrait-elle les règles fondamentales et fondatrices de la psychanalyse ?...Dans les débats qui agitent la psychanalyse là où elle se confronte à des formes de souffrance qui résistent, ou se dérobent à ses modes habituels de traitement, Michel Galasse est en mesure de nous faire entendre une voix originale et de s'employer à ouvrir et tracer des voies prometteuses pour des prises en charge cliniques sensiblement novatrices."

Et une postface de Geneviève Liénard

Extrait:
"Le travail de Michel Galasse va bien dans le sens de l'intégration et de la créativité propre à la somatanalyse. Il prend le risque de s'engager dans la rencontre, propose du neuf, apporte dans le cheminement somatanalytique de chaque patient une interprétation corporelle qu'il crée de toute pièce en réponse au vécu de l'instant du patient..."

Table des matières

Prélude de Jean Kinable, au vif des polyphonies âme-corps
Notice biographique d'un mouvement de surprise : oser les sensations d'idées
1/. Une sculpture sur le vif. Marie-Cécile, de l'art des sens aux sens de l'art
2/. Les co(rps)-analysants. Le travail de la membrane avec Emilie
3/. Avoir à répondre comme mère rythmante dans le transfert. Dans les rythmes maternels avec Donatienne et Sofia
4/. Régressions, progressions et transgressions dans les formes d'existence. Le dégoût, la douleur et l'énergie tantrique de plus d'une femme
5/. Une thérapie de groupe contemporaine : les ateliers du geste. Quand ça trans-forme la peur d'être
6/. Fragments d'analyse d'une oeuvre contemporaine. Ulrike Bolenz, à destinations humaines
7/. Les opérateurs de la transsubjectivation dans le processus thérapeutique. Feeling, moving, acting and working-through
Dernière note : transgressions et créations analytiques
Postface de Geneviève Liénard : perspectives pour la somatanalyse








mardi 12 octobre 2010

Arts, transes et poésie

Dans quelles transes nous engageons-nous, à quels arts sommes-nous sensibles, quelle est ma version poétique du monde et de la vie ? 
Relions nos sensations, nos métaphores et nos énergies. Laissons émerger et se déployer de nouvelles formes de notre être-au-monde. Transitons par du non-conforme, par ce qui nous informe vraiment, davantage que par ce qui nous performe. Dans le contemporain, les formes aiment à se perdre, à se confondre, à se refondre pour advenir autrement. Le sujet contemporain aime lui, à se remettre en forme, compulsivement, de la même manière qu'il performe, sans limitation. Toute remise en forme requiert pourtant un passage par l'informe, un temps de flottement. Alors seulement pouvons-nous composer une vraie remise en forme, par une composition expressément ralentie de formes complexes, transmodales, mêlant textures, sonorités, couleurs, odeurs, saveurs, rythmes, métaphores, mouvements comme autant d'effets de rencontre. Tordons, décalons, extrayons à partir de nos impressions. Osons transir et sortir de la torpeur ou de la compétition.

Je vous suggère l'une ou l'autre lecture:
Sylvie Le Poulichet "Les chimères du corps", Aubier
Nancy Midol "Ecologie des transes", Tétraèdre

mercredi 1 septembre 2010

Le champ néo-ferenczien

Sandor Ferenczi a ouvert aux psychanalystes au moins trois champs.
Le premier est une aire intermédiaire, transitionnelle, d'expérience et de recherche techniques. Ce champ a comporté, chez Ferenczi, trois temps. Le temps premier des techniques actives, le temps second de la relaxation psychanalytique et de la néo-catharsis, enfin le temps troisième de l'analyse mutuelle. Il a vite remarqué que les généralisations n'étaient pas possibles. Il n'y a que ce qui opère avec cet analysant-là, que ce qui a son efficace dans sa relation analytique avec lui. Ce champ "technique" est surtout clinique, c'est celui de la clinique des relations analytiques. Les transitions corporelles dans l'analyse sont bien néo-ferencziennes : que convient-il, ou plutôt que revient-il de faire avec cet analysant-là et avec mon contre-transfert vis-à-vis de cet analysant-là ? C'est de la justesse des actes de l'analyste qu'il s'agit. Je pose alors cette question impertinente : dans cette aire transitionnelle d'expérience et de recherche clinique-technique, jusqu'où l'analyste peut-il transir, flotter (cf les objets flottants des systémiciens) et régresser pour que le passage d'inconscient à inconscient s'ouvre ? Ferenczi a insisté sur l'initiative de l'analyste : il peut activer, laisser-faire et lâcher-prise, il peut instaurer ou non une réciprocité plus ou moins grande.
Le second champ ouvert par Ferenczi, c'est Thalassa. Un essai d'explication de l'ontogénèse par la phylogénèse. L'histoire des avatars de l'espèce humaine en chacun de nous. Une idée que l'on retrouve par exemple dans la biologie totale, dans le décodage biologique des maladies,... Idée qui va au delà du transgénérationnel et qui n'était pas tout à fait neuve, Freud et la horde primitive en tenait déjà quelque chose, mais elle trouve un déploiement inédit dans Thalassa. Elle permet aux analystes de prendre du large et de voir la mer.
Enfin, le dernier champ ouvert aux analystes est celui du Journal clinique : une clinique de l'être thérapeute en é-cri-ture. C'est une respiration pour l'analyste. L'originalité de ce champ est celle d'une écriture quotidienne spontanée, presqu'une écriture du contre-transfert de l'analyste qui peut ainsi s'écrier et relire son cri,... De cette écriture transitionnelle, il peut témoigner et transmettre.

mercredi 18 août 2010

Variations sur le corps

Que les corps soient des corps-participants, magnétiques ou non, tels des pré-sujets corporels s'accordant ou non aux rythmes ambiants, qu'ils soient des corps-partenaires, en postures de sujet ou d'objet, pris dans des combats ou des ébats, ou des corps-interlocuteurs, instruits par le Tiers, ils varient infiniment selon les thèmes et les contextes.
Les thèmes du corps :
- l'identité (et les identifications) et l'altérité (l'altération et l'altercation),la vérité et les masques, la duplication (le double, le clone), il subsiste toujours des ombres,
- les intensités pulsionnelles : intoxications ou régulations (principe de constance), ou encore subversion libidinale du corps biologique par le corps érotique relartionnel,
- les impressions (incorporations sensorielles, sensitives, sensuelles) et les expressions, monstrations et démonstrations,
- les mouvements (régressifs, progressifs, transgressifs, intégratifs, créatifs), le mouvement d'aller vers, d'oser, de (se) surprendre, de combattre,
- les accidents, blessures, tortures, douleurs, la présence de la mort dans la vie,...

Nos réponses thérapeutiques sont d'infinies variations à partir du contexte :
contacter, ombiliquer, sentir et ressentir, respirer, verticaliser, lâcher-prise, rythmer, dénouer, bercer, contenir,apaiser, couper, scander, interpréter, construire, abréagir, transir, improviser, éveiller, réveiller, secouer, exprimer, globaliser, rassembler, entourer, surprendre, interloquer, ouvrir, déplier, unifier, porter, supporter, tenir, soutenir, main-tenir, confronter, acupresser, regarder, écouter, entendre, toucher, hapter, sculpter, tisser, déposer, charger, décharger, extraire, trier, consentir, répartir, sépartir, créer, danser, mouvoir et se mouvoir, parler, ne rien dire, s'abstenir, percuter,...les possibilités sont nombreuses et les nuances aussi.

jeudi 24 juin 2010

Ulrike Bolenz, à destinations humaines.

Dans le cadre du cycle "Péril de soi et expérience" du Séminaire des Cliniques de la création, le 11 mars 2011, exposé de Michel Galasse

"Fragments d’analyse d’une œuvre contemporaine.
Ulrike Bolenz, à destinations humaines"

Ulrike Bolenz est une artiste contemporaine allemande. Elle vit et travaille en banlieue bruxelloise, depuis plusieurs années. Elle est à la fois peintre, sculpteuse, photo-plasticienne et dessinatrice. Elle pratique un art de la transition et entraîne toujours le regardeur dans du non vu. Toutes ses œuvres sont de véritables documents d’une humanité en devenir dans la subversion de ses propres codes. Ulrike déforme l’image, modifie nos repères perceptifs, transforme les échelles et dévoile en effaçant. Avec ces multiples co-présences de proximité, elle nous relie à ce corps inconnu, voire insu, que nous avons tous un peu derrière la tête.



Ses thèmes de travail sont éminemment contemporains et en même temps archétypiques, qu’il s’agisse du clonage, du cocon, de l’alter ego, d’Icare, de l’espace brisé, de la combattante, ou du groupe. Ce sont des espaces verbo-moteurs et pathiques qui sont ainsi mis en scène : répéter (insister ou réitérer), briser, tomber, combattre, s’envoler, voler, rire, se replier, marcher, gester,…

Mais Ulrike Bolenz échappe-t-elle entièrement à la peur allemande ?

Vous pouvez consulter son travail en visitant son site internet : www.ulrikebolenz.de


Michel Galasse est psychothérapeute analytique à transitions corporelles dans deux services de santé mentale en brabant wallon : La forge de vie situé à Clabecq et Champs d’être à Jodoigne.

Auteur du livre Les transitions corporelles dans l’analyse, paru en 2008 dans la collection Psychothérapies créatives chez Fabert, il termine la rédaction d’un second ouvrage intitulé Dans le vif du sujet. Contacts, postures, mouvements et formes d’existence, à paraître probablement dans la même collection.

L’artiste sera présente et répondra aux questions concernant ses oeuvres.